En ce temps-là, la ville d’Ys (qu’on écrit aussi Is) était la plus belle qui fut au monde, si belle que lorsque les Français construisirent leur capitale, ils l’appelèrent "Par-Is", c’est-à-dire semblable à Is.
Ys était entourée de formidables murailles, battues par les vagues. Quand la mer était haute, l’eau assiégeait la ville de toutes parts. Elle se heurtait aux solides portes, qui avaient, disait-on, été construites par des korrigans, et que rien ne pouvait faire céder. Seul, le roi en possédait les clés, qu’il portait accroché à son cou, de jour comme de nuit. Ce roi s’appelait Gradlon.
Gradlon régnait jadis sur la Cornouaille entouré de deux saints qui le conseillaient, le moine Guénolé et l’ermite Corentin dont il avait fait son évêque en lui donnant son château de Quimper. Le roi avait une fille, Dahut, belle bien entendu, pour laquelle il avait fait construire une ville magnifique : la ville d’Ys. Cette ville, située sur la baie de Douarnenez était protégée de la mer par des digues et des écluses dont le roi gardait la clé. Dahut y menait une vie de douceurs et de plaisirs.
Un jour, sur la digue, elle rencontre un séduisant chevalier qui la convainc de dérober les clés que son père conserve autour du cou. Profitant du sommeil du roi elle s’en empare et les remet au chevalier rouge qui n’est autre que le Diable... Celui-ci ouvre alors les écluses et la ville est envahie par les flots. Seuls Gradlon monté sur son cheval Morvac’h et Guénolé réussissent à s’échapper, non sans que saint Guénolé n’ait convaincu d’abandonner Dahut à la mer. Noyée, celle-ci se changea, dit-on, en une sirène, Morgane, qui s’acharne toujours à perdre les marins...